Article de Jean-Marc Douillard sur Danse à Montpellier

Free-jazz ? Classique ? Troubles de la personnalité ? Caractères affirmés ? Un peu de tout ça !
J’ai eu un grand moment à la découverte de E2L, acronyme assez intriguant pour une pièce qui, si l’on veut la décrypter (mais le veut-on ?) n’est finalement pas si compliquée que ça.

Si l’on faisait une lecture analytique de ce que l’on voit et entend, qu’a-t-on en effet ? Une première partie où Maguelone puis Rita font des gammes. Ensuite, évidemment, ça se dérègle. C’est que c’est pénible les exercices ! Il y a même un pétage de plombs de Rita, où elle se met à insulter le voisinage. Après un moment de calme d’une intensité folle, un discours dansé et musical beaucoup plus libre (et riche) emporte et signale que, si l’enfance est bridée/controlée/ serrée dans des gammes, cela n’empèche pas la maturité et l’art.

A noter qu’au fond, ça ne démontre pas s’il faut brider/travailler… ni quoi que ce soit d’ailleurs. Autrement dit, je n’ai pas lu de morale ou quelque chose y ressemblant. Ce sont plutôt des autoportraits en miroir qui construisent cette pièce.

La qualité de cette pièce est donc entièrement dans la qualité des interprètes créatrices. On est vraiment dans la performance, dans l’esprit du concert de jazz, etc. Et comme ces deux femmes ont une densité considérable en ce qui concerne et leur passé « classique » et leur présent free, cela décoiffe pas mal.

Il n’empêche que le grand moment de la pièce, fait extrêmement surprenant en tant que tel, c’est un moment de calme et d’immobilité où Rita se suspend sur une barre au fond de la scène, à l’image d’un linge sur un fil. Enfin, à peu près…

A peu près, car la pièce est un moment très construit du point de vue de la scénographie. Annie Tolleter a glissé quelques élements de couleur qui se trouvent aussi être des chaises d’écolier (le rappel de l’enfance). Et la symétrie de Rita sur sa barre n’est probablement pas un hasard… (De même, il ne faudrait pas croire que l’on a d’abord du classique puis du free… C’est beaucoup plus compliqué que ça, il y a toujours des félures et des craquements un peu partout.)

Accessoirement, on peut remarquer que c’est un peu un OVNI. On revient assez souvent en ce moment aux pièces pour les interprètes, on délaisse un peu les soli autobiographiques. On les délaisse avec raison : beaucoup étaient intéressants, mais on ne peut faire durer des choses nécessaires au delà de la réalité du nécessaire. Et de même, c’est avec de bonnes raisons que ces deux femmes peuvent s’accrocher à cette pièce : c’est super bien. Pas forcément jubilatoire, comme on le lit sur la feuille de salle. C’est par moments intriguant tout autant qu’excitant, déstabilisant tout autant que jubilatoire. J’ai utilisé le mot « riche ». Je le répète.