« Pomme 33 », le nouvel opus de la compagnie Aurelia, éveille nos sens, nos désirs et nos fantasmes. Car, disons-le tout de suite, la danse de Rita Cioffi est charnelle. C'est une invitation au corps de l'autre, à l'envie. Mettant au centre de son propos l'influence d'internet sur nos relations humaines, elle explore les multiples facettes de l'homme. Tout d'abord, l'ado qui s'amusait, il n'y a pas si longtemps devant le miroir de sa chambre à singer des vedettes, se retrouve placé devant son ordinateur portable à "re"danser le "The Man I love" de Pina Bausch. Et puis, il y a l'homme qui égraine les annonces de rencontres ou toutes autres : "Jeune femme de 40 ans recherche adjoint à la culture pour être plus intelligente", "Jésus recherche sa croix". Tant de confidences qu'illustre le danseur par son corps. Le public en rit, s'en amuse. Et s'il en rit, c'est que le fond est vrai. Puis on glisse gentiment vers les fantasmes, avec l'envie de nouvelles expériences, par l'intermédiaire de la webcam. Et l'illustration qui en est faite par le biais de la vidéo à toute sa place. Comme si on ouvrait des dossiers, Claude Bardouil apparaît alors, le corps nu, la tête cachée. Il est lui, il est elle, il est nous. Il est l'avatar que chaque personne détient, le personnage virtuel d'internet. Il se décline, il est un et plusieurs. Son "Rester vivant" de Michel Houellebecq résonne à son personnage. Nos sommes alors dans la nébuleuse internet, où tout un chacun peut être autre, où moi je suis un. Et si je suis un, qui suis-je ? Rita Cioffi va nous répondre. Nous sommes tous une autre personne. Nous nous plaisons à changer d'identité, à nous travestir. Chaque être qui nous forme correspond à une attente, à l'attente de l'autre. "Je prends le pseudo de Super Salope, et pleins de contacts se manifestent", c'est Rita qui le dit, ou bien quelqu'un d'autre. Une sorte d'addiction s'est installée avec mes contacts qui ont pris vie sous mes yeux. Mais, la lumière se rallume, le public, composé en grande partie de jeunes gens, applaudit. Je suis totalement dévasté, éreinté et cette invitation au corps est présente. Pari réussi pour « Pomme 33 ». Et je reste abasourdi lorsque, à côté de moi, une jeune fille active son portable pour vite se connecter avec l'extérieur...
Laurent Bourbousson.(Théâtre de Tarascon)Novembre 2007

♥♥♥♥♥♥ « Pomme 33 » a été joué au Théâtre du Périscope de Nîmes les 16 et 17 novembre 2007.