SUR SCENE RITA CIOFFI DANSE UN PAS DE DEUX MIS A NU

Rita Cioffi n’est pas de ces danseuses qui se cantonnent dans l’interprétation d’un seul rôle. Même si elle excelle, depuis quasiment vingt ans, à donner d’elle-même le meilleur. Qui l’a vue se mettre dans la peau des solos de Mathilde Monnier, deux pièces courtes de 8mn et 12 mn, et donner cette illusion d’être devenue une autre, sait de quoi elle est capable. Nerveuse, attentive, suffisamment modeste pour ne pas casser les rôles, dans l’un de ces accès d’autosatisfaction, dont la danse est souvent le vecteur. La raison de cela : un parcours d’excellence. Romaine d’origine, elle acquiert d’abord une solide formation en danse classique, s’y sent à l’étroit, se tourne du côté du théâtre et du cinéma – occasion rêvée d’apprendre le chant, la danse jazz et les claquettes, et de tourner les talons aux conventions. Un séjour ensuite aux Etats-Unis. Elle déboule en France aux débuts des années 80, se lance dans l’aventure de la jeune danse contemporaine. On s’étonne à peine de la voir sitôt mêlée aux formes les plus savantes : des reconstitutions de danse baroque aux visions si sensibles de Dominique Bagouet, en lutte contre le penchant spectaculaire de l’héritage romantique et classique. Jusqu’en 1992, date de la disparition du chorégraphe, elle est cet aiguillon aimanté par la profondeur des choses, regard en alerte, ne quittant jamais les premiers plans. Pas étonnant, quand elle enseigne ensuite, qu’on la retrouve en train d’animer des ateliers pour des personnes atteintes de pathologie lourde. Elle fonde en 1996 sa propre compagnie, AURELIA, après un passage remarqué aux Hivernales d’Avignon, avec un duo, Temps Multiples. C’est déjà une profession de foi. Ancrée dans son temps, elle ne souhaite pas pour autant s’enfermer dans aucune chapelle. Sa Danza della Tigre créée au Rockstore en 2003, flirte avec les univers du cinéma, cherche des issues hors norme et se révèle en quête de relations à l’autre. C’est plus qu’il n’en faut pour questionner la figure imposée du pas de deux, son héritage classique. En 2004, elle en offre la première version d’une interprétation personnelle, dans Shopping avec Claude Bardouil. Un an plus tard, la pièce qu’elle écrit avec lui, porte le simple titre de PAS DE DEUX. C’est celle qu’elle présente à St Jean de Védas. “Dans une danse entre un homme et une femme, confie-t-elle, il y a une qualité qui domine, comme dans toutes les techniques, du classique au flamenco, c’est celle de l’écoute.“ Les deux partenaires qui se connaissent bien,ont dû pourtant travailler longtemps l’improvisation avant d’acquérir une sorte de seconde nature. Mais c’est à ce prix que la recherche devient une quête spirituelle, même quand le rapport physique y tient une place essentielle. L’évidence de deux êtres, qui s’appuient l’un sur l’autre, tout en étant différents.